Elle n’aurait jamais cru que l’aventure l’emmènerait aussi loin. Virginie Efira est arrivée dimanche à Los Angeles pour présenter Soudain, le film du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi qui lui a valu un prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes, ex-aequo avec sa partenaire de jeu, Tao Okamoto.
Ce mardi 18 août, Virginie est seule dans la Cité des Anges. Elle nous apprend dans un sourire que Tao vient d’accoucher.
J’écris “nous” parce que je ne suis pas seule. Nous sommes une poignée de journalistes à table, tous membres du corps électoral des Golden Globes.
Certains sortent tout juste de la projection de Soudain. D’autres, comme moi, l’ont vu à Cannes, en mai dernier.
Trois mois plus tard, je n’en ai rien oublié et j’en garde même un souvenir ému. Soudain était l’une des plus belles oeuvres de Cannes 2026.
Je vous donnais mon avis à chaud sur Instagram.
Virginie y joue la directrice d’un EHPAD parisien qui lutte contre le système et tente de mettre la bienveillance, l’attention et l’humanité au coeur des soins. Elle se lie d’amitié avec une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer. Ensemble, elles vont faire face à la fin de vie avec courage et dignité.
Ce film est une réflexion intime sur ce que le capitalisme a fait aux liens humains. Sur papier, il peut paraître interminable: il dure 3h16. En réalité, j’ai vu des films d’1h40 qui semblaient bien plus longs que celui-là.
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Les téléphones sont rangés, les plats attendent d’être entamés. Virginie, chemisier blanc et bermuda en cuir, raconte.
Elle a été choisie pour Soudain seulement deux mois avant le début du tournage. Elle a appris le japonais qu’elle dit, en rigolant, mieux maîtriser que l’anglais.
Elle se souvient de Ryusuke Hamaguchi qui lui disait lors du tournage d’aller “chercher la lumière”. Il l’incitait en fait à sortir d’elle-même, à ne plus penser à sa performance d’actrice, à être, là, toute entière, dans l’émotion.
Elle ne sait pas trop pourquoi il l’a choisie, elle. “C’est un peu étrange de demander ça à un réalisateur: pourquoi moi?”, dit-elle. Mais elle se dit que peut-être il a vu en elle une sorte d’absence de peur? Elle évoque Benedetta, film choc de Paul Verhoeven dans lequel elle apparaissait nue. Les deux oeuvres n’ont rien en commun si ce n’est que Virginie a osé s’abandonner. Faire confiance.
Elle nous parle de Justine Triet, son amie. De son admiration pour David Lynch et Todd Haynes. Elle n’a pas de projet américain, pas de grand rêve d’Hollywood. “Je suis Belge. Déjà, Paris, c’était quelque chose”, explique-t-elle à la journaliste américaine assise à mes côtés.
Elle se tourne vers moi, avec un regard complice. Je lui dis que j’ai grandi dans le Brabant Wallon et que pour moi, même Bruxelles était déjà une grande étape. On se marre. Seuls les Belges comprendront.
On repense à Jean Dujardin, récompensé par l’Oscar du meilleur acteur pour The Artist. Et on se prend à rêver, peut-être, d’un parcours similaire pour ce film atypique. Elle a l’air de nous prendre pour des fous.
Elle repart demain, déjà. Il y a un petit garçon de trois ans qui l’attend à la maison.
Son passage aura été bref mais elle reviendra en novembre “faire campagne”, comme on dit à Hollywood. Avant ça, il y aura le Festival international du film de Toronto, puis le Festival du film de New York…
La saison des récompenses cinématographiques à Hollywood ressemble à une campagne politique. Il faut faire acte de présence, parler, serrer des mains, sourire. Virginie découvre les rituels de cette étrange mécanique hollywoodienne.
Alors qu’il est temps de libérer la salle, on prolonge la conversation un instant. Elle m’embrasse. Deux bises. Sacrilège quand on est Belges. On se fait la réflexion en même temps.
Dehors, le ciel fait mal aux yeux tant il est bleu et la chaleur est intense. J’ai hâte que l’été se termine à LA et qu’on entame les festivités.
J’ai hâte de voir le parcours de ce film étonnant, différent, qui fait mouche partout où il passe et de voir, aussi, comment Virginie va embrasser cette nouvelle aventure américaine.
Je vous raconterai.
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Virginie Efira est une actrice talentueuse et qui surprend par ses choix de films. Je l'aime beaucoup ! Elle m'avait scotché dans "adieu les cons"... hâte de voir "Soudain", sera-t-il diffusé aux US ? En tous les cas, merci Deborah, entre le ciné et la vie en Californie, toujours un plaisir de te lire 🙏🫶
C’est toujours un plaisir de vous lire, et ce que j’apprécie surtout chez vous, c’est cet émerveillement que vous avez à chaque fois que vous rencontrez un acteur ou une actrice ou que vous assistez à un événement cinématographique un peu exceptionnel. Vous ne faites jamais la dikkenek comme on dit chez nous 🤣