Michael: la seule chose que le biopic a provoquée en moi
Michael est au cinéma et c’est le film le plus controversé de l’année. Je vous explique le problème et je vous donne mon avis.
Michael Jackson était un artiste, ses chansons sont incroyables, Thriller est toujours l’album le plus vendu de tous les temps.
Mais Michael Jackson était aussi un homme au comportement problématique envers les enfants.
Les deux coexistent. La première info n’annule pas la deuxième et vice-versa.
Michael a toujours nié les accusations de pédocriminalité. Il a été innocenté lors d’un procès tonitruant en 2005. Il a payé des millions de dollars pour des règlements à l’amiable. Le documentaire Leaving Neverland est toujours dans les mémoires et encore aujourd’hui, 16 ans après sa mort, une nouvelle plainte est portée contre lui.
Dans le film qui lui est consacré, et qui est produit par ses proches et les avocats responsables de sa succession, aucune mention de tout ça. Le réalisateur Antoine Fuquaa avait pourtant promis qu’il traiterait de “the good, the bad and the ugly”. On en est loin. Pourtant, au début, l’idée était concrète.
Selon Variety, la première mouture du film évoquait les accusations. On ne sait pas exactement comment - pour l’innocenter ou pas? Mais on sait qu’elle montrait Michael Jackson, interprété par son neveu Jaafar Jackson, se regarder dans une glace alors que les gyrophares d’une voiture de police arrivant devant chez lui s’y reflétaient.
Six mois après la fin du tournage, ces scènes ont été totalement supprimées. Les avocats de MJ auraient découvert sur le tard - comment est-ce possible? - qu’un accord juridique interdisait la représentation ou la mention de Jordan Chandler, le premier enfant à avoir accusé Michael Jackson d’abus sexuel, en 1993 dans un film. 10 à 15 millions de dollars ont dû être remis sur la table pour relancer le tournage.
Le biopic s’arrête avec la sortie de l’album Bad en 1987, et fait donc l’impasse sur toutes les controverses qui ont surgi dès 1993.
Un film pour les fans qui vivent “dans un fantasme”
Le film est un film fait pour ceux qui “vivent dans un fantasme”, selon les propos de Paris Jackson, qui ne veut pas y être associée. Janet Jackson, elle, a carrément refusé d’y apparaître.
Peu importe la qualité ou la véracité du film, l’opération promet d’être lucrative. Lionsgate vise entre 65 et 70 millions de dollars de recettes pour son premier week-end d’exploitation.
Ce qui en ferait le meilleur démarrage de tous les temps pour un biopic musical.
La version vidéo de cet article est ici:
En tout cas, voici ce que j’ai pensé de Michael.
Ma critique de Michael
Autant vous le dire d’emblée, c’est un film qui, cinématographiquement parlant, ne sert pas à grand-chose.
La réalisation n’est pas du tout inventive. Michael est un long clip vidéo. On traverse les époques, des Jackson Five à Bad, avec des extraits de concert déjà vus par ailleurs.
Tout est effleuré
Au rayon personnel, tout est effleuré. Parce qu’on n’a pas assez d’un film pour raconter le parcours de Michael Jackson.
Mais aussi parce que le film est un film partisan, produit par ses proches qui entretiennent l’image angélique du génie maltraité qui sert leur intérêt et leur portefeuille.
Alors oui, Joseph Jackson était un monstre qui battait ses enfants, Michael avait un singe comme animal de compagnie, il aimait se rendre au chevet des enfants malades à l’hôpital.
Il avait conscience de sa grandeur mais à la fois, il était complexé par son physique. On voit dans le film sa première opération de chirurgie esthétique, pour réduire la taille de son nez.
Michael Jackson était une victime, oui. Ca ne fait aucun doute. Victime de son père et ensuite de son succès sûrement. Toute sa vie, vu qu’il a commencé jeune, les gens qui l’entouraient ont voulu quelque chose de lui.
Mais Michael Jackson n’était pas que ça, c’est certain.
Alors oui, en écrivant ça, je pense ici aux accusations d’agression sexuelle, nombreuses.
A toutes ces nuits qu’il a passées avec des enfants dans son lit.
Mais aussi à son passif de Témoin de Jéhovah, par exemple. Vous saviez, vous, que le clip Thriller avait failli ne pas voir le jour à cause de la pression de son église qui y voyait un pacte avec le diable? Michael avait failli détruire le clip, devenu historique. Le film ne parle jamais de ses croyances.
Un mystère: c’est ce qu’il était et ce qu’il restera
Dans le biopic, Michael annonce refuser les interviews de promotion. Il dit que sa meilleure promotion, c’est sa musique. Il dit vouloir rester “mystérieux”.
En regardant le film, c’est ce que je me suis dit: Michael est toujours aujourd’hui un mystère.
On connait l’artiste et personne ne connaîtra jamais l’homme, même pas sa famille.
Il était différent, taiseux, discret dans sa vie personnelle. Certains diront que c’est parce qu’il était “pire que Jeffrey Epstein” (ce sont les mots de Dan Reed, le réalisateur du documentaire Leaving Neverland).
D’autres diront que c’est parce que son père l’a brisé, que son succès l’a dépassé, isolé, privé d’interactions sociales normales.
Michael donne envie de revoir les clips originaux
Michael montre des scènes disponibles sur YouTube. Et c’est la seule chose que ça a provoqué chez moi: l’envie d’aller revoir les originaux. Je l’ai fait.
Son premier moonwalk au concert anniversaire des 25 ans de Motown.
Le making-of du clip Thriller.
Ses adieux aux Jackson 5, lors de la tournée du Victory Tour, qu’il n’avait acceptée que pour faire plaisir à ses frères et pour contenter son père. Il n’avait prévenu personne et il a pris le micro pour dire qu’il arrêtait.
Un petit mot quand même sur Jaafar Jackson, qui l’incarne dans le film. Il est un excellent imitateur, mais je ne sais pas si ça en fait un bon acteur. Vous jugerez, si vous allez le voir.
Y aura-t-il une deuxième partie de film sur Michael Jackson?
Certains disent que Michael a été tourné en sachant qu’il y aurait deux films. C’est faux. Le biopic n'a jamais été conçu comme un film en deux parties, mais au cours de la dernière année, dans un contexte de reshoots chaotiques et de reports de dates de sortie, l'idée de scinder le film a pris forme.
Le film se finit par cette phrase: His story continues. Les fans jurent que ça veut dire qu’il y aura une suite. Mais on peut simplement comprendre que l’histoire de Michael continue “dans la vraie vie” après ça.
Les studios Lionsgate et Universal, les ayants droit de Michael Jackson, le producteur Graham King et le réalisateur Antoine Fuqua souhaitent un deuxième film.
Mais une source a confié au Hollywood Reporter que le scénario de ce potentiel deuxième film, écrit par John Logan, n'est pas encore finalisé, et des sources internes affirment qu'aucune décision officielle ne sera prise avant la sortie de Michael, le 24 avril, aux USA. L’annonce sera donc bientôt faite, si annonce il y a à faire.
Mais je doute quand même très fort que la famille aborde en frontal les accusations et le procès. Et si c’est fait, ça sera forcément pour montrer Michael sous son meilleur jour.
Un film destiné à remplir le tiroir-caisse
En tout cas, clairement: Michael n’est pas un film destiné à faire la vérité sur le mythe. C’est une opération pour remplir le tiroir-caisse de ceux qui vivent toujours sur sa notoriété. Il a été exploité par sa famille pendant des années. Il l’est toujours après sa mort.
Si vous voulez vraiment reprendre une dose de Jackson Mania, regardez This is it, le documentaire sur son ultime tournée avortée.


